Quand la souffrance des policiers rencontre celle des jeunes de banlieue

Appel à co-signature – Juillet 2018


Tribune publiée dans le Monde le 13 juillet 2018

Commençons par ce constat, évident mais sans appel : le fossé qui sépare la jeunesse française des représentants des forces de l’ordre a rarement été aussi profond. Ce contexte me semble des plus appropriés pour lancer un appel à la prise de conscience et à la mobilisation, tout particulièrement auprès du personnel politique, afin d’éviter qu’un tel clivage entre autorités et citoyens ne s’installe dans la durée et ne s’aggrave.

De nos jours, les policiers français vivent un véritable paradoxe : il peuvent être acclamés et susciter des vocations un jour – suite aux attentats terroristes, par exemple – et le lendemain être insultés, agressés voire menacés de mort, quelques fois par les mêmes personnes qui les avaient portés aux nues la veille. Comment peut-on exercer sereinement son métier, quand on passe aussi subitement du statut de héros à celui d’ennemi, et que l’opinion publique « change de camp » au gré de ses émotions ? La peur se transforme en amour et la contestation en haine. Ne pourrait-on trouver un terrain raisonnable de discussion et de compréhension mutuelle ?

L’image de la police, surtout auprès des jeunes, est une problématique des plus importantes pour la cohésion de notre société. Quand une partie de la population n’entretient plus que de la méfiance à l’égard de ceux qui sont censés la protéger, c’est que le malaise est grand et qu’il est plus que temps d’y remédier.

Cette partie de la population, c’est principalement celle des quartiers, qui se sent de plus en plus dégradée et stigmatisée, car dans les banlieues – il faut en avoir conscience – la minorité est majoritaire démographiquement parlant. Elle vit plus difficilement que par le passé dans des zones appauvries, gangrenées par le chômage et la délinquance. Pourtant, les jeunes et les policiers ont un point commun essentiel : tous se sentent mal-aimés et dévalorisés. Les policiers souffrent du même manque de reconnaissance que ces jeunes. Et les jeunes n’aiment pas plus leurs quartiers que les policiers qui y sont affectés. De part et d’autre, la grande gagnante de ce malaise, c’est l’insécurité : au final, la souffrance des policiers rencontre bel et bien la souffrance des jeunes, mais de manière explosive et hautement conflictuelle.

Les adolescents aiment défier l’autorité, c’est dans leur nature. Mais l’adolescence dans notre pays semble commencer de plus en plus tôt et prendre fin de plus en plus tard. C’est d’autant plus dramatique que d’autres ressorts sont aussi à l’œuvre dans cette confrontation avec l’autorité : par exemple, la part liée à l’intégration – parfois difficile – de populations qui arrivent avec leur propre bagage culturel ou chez les enfants français (de 2ème ou 3ème génération) de ces populations. Il existe ainsi une vraie culture anti-policière et un rejet de la collectivité politique française plus marqués chez ces jeunes issus de l’immigration proche ou lointaine, qui sont liés à leur situation d’exclusion en général.

Notre cohésion sociale est menacée, principalement minée par l’individualisme, lui-même favorisé par les réseaux sociaux avec lesquels ils ont grandi. Sa montée en flèche va de pair avec le sentiment de vivre dans une société fragmentée, divisée, où les inégalités sociales vont croissant, ce qui engendre de la part du reste de la population une sorte de « fatigue de la compassion » à l’égard des démunis, de plus en plus démunis.

Pourquoi la France est-elle incapable d’insuffler à ses citoyens un sentiment de cause commune et d’appartenance à une nation ? Pourquoi peut-on ne pas être fier d’être Français ? Le patriotisme n’est pas un gros mot, ni un monopole de l’extrême droite, même si elle en fait ses choux gras ! Depuis des années, on confond le nationalisme des Le Pen et consorts, et le patriotisme qui appartient à tout le monde, quelles que soient les origines de ses ancêtres.

Chacun participe à la vie de son pays et doit pouvoir laisser son empreinte, si petite soit-elle, dans son histoire. Tout le monde a un rôle à jouer pour redonner espoir et confiance en une France forte et fière : la société civile, les médias, les entreprises, l’école, les artistes, les sportifs, nous tous. Au lieu de céder à notre réputation de « Français râleurs », il nous faut ouvrir la porte à l’optimisme, valoriser les réussites et les mérites, et surtout redorer le blason du patriotisme, qui ne devrait pas être la valeur refuge de la seule extrême droite.

La France manque d’une action coordonnée pour rapprocher sa jeunesse et ses forces de l’ordre. L’affectation dans ces quartiers de policiers ayant de l’ancienneté et donc de l’expérience est plus que nécessaire, ainsi que la formation des nouveaux affectés, avec des modules spécifiques concernant ces zones. En résumé, si l’on veut apaiser les choses, il faut que cet objectif soit affirmé par les plus hautes autorités politiques. Or les mentalités politiques évoluent bien trop lentement en regard de la dégradation de la situation.

Malgré tout, de nombreuses initiatives existent, notamment de la part de policiers, preuve s’il en est que malgré leur mauvaise presse, ils ne se positionnent pas en ennemis, et que leur métier ne consiste pas qu’à sanctionner.

Depuis 25 ans, Raid Aventure Organisation s’inscrit dans ce processus. L’association, à travers différents dispositifs, œuvre avec ses bénévoles – tous issus des forces de l’ordre, police municipale, de gendarmerie, des CRS et des pompiers qui prennent sur leur temps libre – à faire connaître leur profession, à discuter avec les jeunes et apaiser les tensions. Avec le Prox’, elle propose une véritable rencontre entre jeunes et policiers grâce à des journées sportives et citoyennes, organisées dans toutes les villes du pays, par l’intermédiaire des acteurs locaux qui travaillent au mieux vivre ensemble.

À Dreux, elle possède le domaine de Comteville, entouré d’un parc arboré de 35 hectares, où sont organisés des séjours Multi-Sports, Aventure et Citoyenneté pour les publics qui en sont les plus éloignés et qui connaissent des difficultés d’accès pour des raisons économiques et sociales, géographiques ou physiques, en particulier les jeunes issus des quartiers sensibles. Le sport est un vecteur privilégié d’apprentissage de la citoyenneté, de la tolérance, de l’ouverture d’esprit, mais aussi du goût de l’effort et de la persévérance.

Toujours sur le site de Dreux, Raid Aventure intervient également dans le domaine de la sécurité routière, avec des séjours Quad et Moto, afin de lutter contre le phénomène des rodéos urbains. A l’approche des beaux jours, ceux-ci voient trop de jeunes souvent non casqués enchaîner les « roues arrière » et les excès de vitesse sur des quads et des mini-motos, pourtant interdits en ville, mettant leur vie et celle d’autrui en danger.

Le principe de ces séjours est de permettre aux jeunes d’assouvir leur désir de vitesse sur des engins motorisés, mais en toute sécurité, en rajoutant au programme la prévention et la sécurité avec des ateliers théoriques, de conduite éducative et de mécanique. Tous ces séjours contribuent à pacifier et à sécuriser l’espace public dans les quartiers en responsabilisant ces jeunes, mais aussi à développer des relations de confiance entre des êtres humains, jeunes et policiers.

Bruno POMART
– Maire sans étiquette de la commune de Belfou dans l’Aude
– Président et fondateur de l’association Raid Aventure Organisation www.raid-aventure.org
– Ex-policier du Raid – Police Nationale – Chevalier de la Légion d’honneur – Chevalier de l’ordre National du mérite
– Auteur du livre « Flic d’élite dans les cités »

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    Co-signataires :


     

    Jean-Michel FAUVERGUE
    Député de Seine-et-Marne

    Franck MARLIN
    Député de l’Essonne

    Jean-Michel MIS
    Député de la Loire

    Manon LAPORTE
    Avocate
    Conseillère Régionale Île de France

    Aurelie GROS
    Conseillère Régionale Île de France
    Vice Présidente du Conseil Départemental de l’Essonne
    Présidente du mouvement La France Vraiment

    Françoise GOLHEN
    Conseillère Municipale et Départementale

    Alexandre TOUZET
    Vice-président délégué à la prévention de la délinquance du conseil départemental de l’Essonne et président du groupe de travail prévention de la délinquance de l’assemblée des départements de France

    Jean-Marc BALDINGER
    Directeur prévention spécialisée Metz

    Bahran EL FAKHAR
    Directeur d’association

    Peggy CHAVARDES
    CSP Arcachon / BAC jour

    Pierre COSTABADIE
    Reporter photographe

    Soraya BENOURI
    Gérante